La Citroën 2 CV est une berline populaire à quatre places, produite de 1949 à 1990 à 5 114 961 exemplaires, et qui se revend aujourd’hui entre 5 000 et 28 000 € en France. Plus personne n’en achète une pour se déplacer. On en achète une parce qu’elle se répare dans un garage de particulier, avec des pièces qui se refabriquent toutes, et parce que sa valeur monte pendant qu’on roule avec.
Un cahier des charges de 1936, une production arrêtée en 1990
Pierre Boulanger, patron de Citroën, veut une voiture qui transporte quatre personnes et 50 kg de bagages à 60 km/h en consommant 3 litres aux 100 km, et qui traverse un champ labouré sans casser les œufs posés à l’arrière. André Lefebvre dirige le bureau d’études, Flaminio Bertoni dessine la caisse. Les prototypes TPV, pour Toute Petite Voiture, sont prêts en 1939. La guerre les enterre.
Présentation au Salon de Paris le 7 octobre 1948, sans moteur sous le capot. La série démarre le 11 juillet 1949 à Levallois-Perret. L’usine ferme en 1988, celle de Mangualde au Portugal sort la dernière voiture le 27 juillet 1990. Entre les deux, un bicylindre à plat refroidi par air décliné en 375, 425, 435 puis 602 cm³, et une puissance qui passe de 9 à 32 ch en quarante ans.
Les versions de 2 CV, et celles qui font monter la note
| Version | Années | Moteur | Ce qu’elle change au prix |
|---|---|---|---|
| Type A et AZ, capot ondulé | 1949-1960 | 375 et 425 cm³, 9 à 12 ch | les plus chères des anciennes, portes avant inversées |
| AZAM | 1963-1967 | 425 cm³, 18 ch | chromes et finition soignée, cotée au-dessus d’une AZ |
| Sahara, type AW | 1960-1966 | deux moteurs de 425 cm³, 24 ch | 694 exemplaires, hors échelle |
| 2 CV 4 | 1970-1978 | 435 cm³, 26 ch | la moins chère, la plus lente |
| 2 CV 6 Spécial et Club | 1975-1990 | 602 cm³, 29 ch | freins avant à disques après 1981 |
| Charleston | 1980-1990 | 602 cm³, 29 ch | la plus demandée, et la plus imitée |
Une Charleston se fabrique après coup. La peinture bicolore se refait sur n’importe quelle 2 CV 6, et aucune liste de numéros de série ne tranche : les séries spéciales n’ont jamais été répertoriées ainsi, et personne ne délivre de certificat là-dessus. Regardez les références de peinture frappées sur le tablier moteur, et cherchez l’ancienne teinte dans les recoins de la baie et sous les cuvelages de phares.
La cote de la 2 CV en 2026 : 13 490 € au milieu du marché
Sur 95 annonces françaises relevées en août 2026, les prix s’étalent de 5 210 € à 28 535 €, médiane à 13 490 €. Une voiture reste 64 jours en ligne avant de partir, et une annonce sur cinq baisse son prix en cours de route. Le vendeur pressé existe.
| État | Ce que ça recouvre | Fourchette |
|---|---|---|
| Projet | ne roule pas ou mal, châssis et coque à reprendre | 3 000 à 6 000 € |
| Correcte | roulante, contrôle technique en cours, tôle fatiguée | 7 000 à 11 000 € |
| Bon état | restaurée il y a dix ou quinze ans, rien d’urgent | 12 000 à 18 000 € |
| Restauration récente | châssis neuf, moteur refait, factures à l’appui | 19 000 à 28 000 € |
| Sahara | quel que soit l’état | 80 000 à 170 000 € |
Ce qui fait bouger le curseur : la version, l’authenticité des papiers, l’ampleur réelle des travaux déjà payés. Le kilométrage, lui, ne dit rien. Le compteur ne compte que cinq chiffres, il repasse à zéro tout seul, et les moteurs se sont échangés par dizaines de milliers en échange standard. Une 2 CV affichée à 17 000 km a fait trois fois le tour du cadran ou porte un compteur d’occasion. Nous déconseillons de payer le moindre supplément pour un compteur bas.
Ce que vous devez vérifier avant d’acheter
- Les numéros. Le châssis se remplace en une journée sur ce modèle, et beaucoup l’ont été. Le numéro frappé sur le longeron avant droit doit correspondre à la carte grise. Sinon la voiture se revendra mal, aussi belle soit-elle.
- Le châssis, à genoux, avec une pointe. Départs des bras, renforts avant, traverse sous le capot. Puis soulevez le tapis : l’eau stagne sous l’ondulation des fixations plancher-châssis. Si la pointe s’enfonce, c’est percé.
- Les pots de suspension. Ces deux cylindres logés le long du châssis abritent les ressorts. Ils rouillent de l’intérieur et cassent sans prévenir.
- Les pivots de fusée. Ils demandent un graissage tous les 1 000 km sur les voitures anciennes, ce que presque personne ne fait. Le jeu se sent au volant et vaut une contre-visite au contrôle technique.
- La coque. Planchers, caisson sous les pédales, bas de caisse, tôle derrière les ailes avant, fond de coffre. La baie de pare-brise est le pire endroit : elle se contrôle en démontant le dessus de tableau de bord, et sa réparation est longue.
- Le moteur. Fuites d’huile, soufflets de cardan percés, et surtout la présence des tôles de refroidissement. Sans elles, le bicylindre monte en température et rend l’âme.
Un dernier geste avant de démarrer : poussez la voiture latéralement pour la faire tanguer. Des craquements secs sous le plancher trahissent des renforts de châssis qui ont lâché.
Ce qu’une 2 CV coûte une fois garée chez vous
Rien ne manque au catalogue des spécialistes, quarante ans après l’arrêt de la production. Un châssis plateforme neuf se trouve à 950 € en version adaptable, 1 650 € en reproduction d’origine galvanisée. Un pot de suspension complet coûte 549 €, la paire en inox 480 €. Un moteur 602 cm³ entièrement révisé revient autour de 1 150 € en échange standard, ancien moteur repris. Les quatre amortisseurs, 140 €.
La main-d’œuvre est le vrai poste. Changer un châssis suppose de déposer la caisse, ce qu’un atelier facture plusieurs journées. D’où l’écart entre une voiture à 8 000 € et la même à 20 000 € : l’acheteur du second exemplaire a payé les factures de quelqu’un d’autre, souvent moins cher que s’il les avait payées lui-même.
Estimez le budget réel
Face à une Renault 4, une Coccinelle ou une Fiat 500
| Modèle | Bon état, en 2026 | Ce qui la sépare de la 2 CV |
|---|---|---|
| Citroën 2 CV | 12 000 à 18 000 € | caisse boulonnée sur châssis : tout se démonte |
| Renault 4 | 7 000 à 12 000 € | moins chère, moins demandée, coque monobloc |
| VW Coccinelle | 12 000 à 25 000 € | plus rapide, tôlerie bien plus coûteuse à reprendre |
| Fiat 500 | 8 000 à 20 000 € | plus petite, marché tiré par la demande italienne |
La caisse d’une 2 CV est boulonnée sur son châssis, et les ailes se retirent à la clé. Une réparation de tôlerie qui immobilise une Coccinelle trois semaines chez un carrossier se règle ici dans un garage domestique, un samedi. Son coût d’entretien reste donc bas pendant que sa cote grimpe, ce qu’aucune des trois autres n’offre au même degré.
La nouvelle 2 CV annoncée pour 2028 sera électrique
Citroën a confirmé le 21 mai 2026 le retour du nom sur un modèle électrique. Le concept sera montré au Mondial de l’Auto de Paris, du 12 au 18 octobre 2026, et la production doit démarrer en 2028 à Pomigliano d’Arco, en Italie. La cible tarifaire, moins de 15 000 € hors aides, circule dans la presse sans figurer sur un tarif officiel. L’autonomie et la motorisation ne sont pas arrêtées.
Rien de mécanique ne relie ce projet à la voiture de 1948, et la reprise du nom ne devrait pas peser sur la cote des anciennes. Si elle bouge, ce sera vers le haut, par simple effet de curiosité au moment du salon.