Des créateurs de contenu au volant de Formule 4 de compétition, sur un circuit homologué, devant un public payant et une diffusion gratuite sur Twitch. Le GP Explorer tient dans cette phrase. La dernière édition, en octobre 2025, a rassemblé 1 373 815 spectateurs simultanés sur la plateforme, record francophone, et près de 200 000 personnes sur place en trois jours. Trois éditions en tout, entre 2022 et 2025, puis l’arrêt annoncé par celui qui l’a monté.
| Organisateur | Lucas Hauchard, dit Squeezie |
| Lieu | circuit Bugatti, Le Mans (4,185 km) |
| Voiture | Mygale M21-F4, identique pour tous |
| Éditions | 8 octobre 2022, 9 septembre 2023, 3 au 5 octobre 2025 |
| Pilotes | 22 en 2022, 24 ensuite |
Le GP Explorer est une course d’exhibition, sans point ni titre en jeu
Le résultat n’entre dans le classement de rien. Il s’agit d’une course unique, montée de toutes pièces, dont le vainqueur repart avec un trophée et rien d’autre. Cette liberté explique tout le reste : des pilotes formés en quelques mois, et des écuries fabriquées pour l’occasion autour de marques partenaires.
La piste, ensuite, n’est pas celle des 24 Heures. Le circuit Bugatti mesure 4,185 km et sert toute l’année. Le tracé des 24 Heures du Mans fait 13,626 km et n’existe que quelques semaines par an, parce qu’il emprunte des routes départementales fermées pour l’occasion. Les deux partagent la ligne droite des stands et le premier virage, pas davantage.
En course, en revanche, rien n’est arrangé. Des commissaires arbitrent la piste, avec des drapeaux, des pénalités et des abandons. En 2023, un accrochage au premier tour entre Manon Lanza et Maxime Biaggi a mis fin à leurs deux courses en moins d’une minute. En 2025, Squeezie a fini dans le bac à gravier au dernier tour après un contact.
Personne ne scénarise ce genre de chose.
Trois éditions, et une affluence multipliée par cinq
Le concept n’a pas bougé, l’échelle si. En 2022, tout se jouait en un samedi après-midi avec 22 pilotes et 11 écuries. En 2023, le plateau passe à 24 pilotes et s’ouvre à des rappeurs, et les 60 000 billets à 48 € partent en moins de trente minutes. En 2025, l’événement s’étale sur trois jours, avec essais, qualifications, une course sprint le samedi, la course principale le dimanche et une quarantaine d’artistes en concert entre les deux.
Spectateurs présents sur le circuit
Le budget suit la même pente : de 3 à 4 millions d’euros en 2022, une dizaine en 2025, pour 5 000 personnes mobilisées et 24 caméras embarquées. La dernière édition a aussi fait entrer le service public dans l’affaire, avec les qualifications sur France 4 et la course sur France 2, où elle a réuni 1,2 million de téléspectateurs.
Mettre un vidéaste dans une Formule 4 prend huit mois
La Mygale M21-F4 est la monoplace du championnat de France de F4, pas une voiture de démonstration. Monocoque en carbone, quatre-cylindres turbo de 1,3 litre développant entre 160 et 180 ch, boîte séquentielle à six rapports, 570 kg pilote compris. Ce rapport poids-puissance suffit à dépasser 200 km/h en bout de ligne droite, sans aucune assistance électronique pour rattraper une erreur de pied. Ni ABS, ni antipatinage. Toutes les voitures sont strictement identiques, et l’écart au chronomètre vient donc du pilote et de la façon dont son ingénieur a réglé les amortisseurs, les barres antiroulis et l’appui aérodynamique, jamais du moteur.
Pour figurer sur la grille, il faut une licence circuit de la Fédération française du sport automobile. Elle s’obtient à partir de 16 ans, exige un certificat médical de non-contre-indication, et impose le permis de conduire à partir du dix-neuvième anniversaire. Seb la Frite, engagé en 2022, ne l’avait pas : il l’a décroché en août, deux mois avant la course, au deuxième essai. La préparation elle-même a duré huit mois, encadrée par la FFSA Academy, la structure qui forme les jeunes pilotes français, et par Denis Plichet, l’instructeur de Pierre Gasly. Théorie de la course et mécanique d’abord, puis simulateur, puis karting, et la monoplace en dernier. C’est le parcours d’un débutant en F4, comprimé sur une saison.
La F4 est d’ailleurs le premier échelon des monoplaces à roues découvertes, celui par lequel passent la plupart de ceux qui visent la Formule 1 dix ans plus tard.
Par où commencer, et ce qui prend la suite
Pour découvrir l’événement, nous conseillons de commencer par l’édition 2022 plutôt que par la dernière. Elle tient en une course de 15 tours, le plateau est plus petit, et on suit sans effort qui double qui. L’édition 2025 est plus spectaculaire mais aussi plus dense, avec deux courses, des concerts et une mise en scène qui occupe autant de place que la piste.
La suite ne s’appellera pas GP Explorer 4.
Le sous-titre de 2025, « The Last Race », n’était pas une formule marketing : la trilogie est close, et le projet annoncé derrière change complètement de cible. Il s’agirait d’une ligue de Formule 4 pour de jeunes pilotes français d’au moins 15 ans, repérés dans le sim racing, choisis par des équipes lors d’une sélection calquée sur la draft de la NBA, puis préparés physiquement avant de passer au volant réel. Quatre courses, et le meilleur d’entre eux promu en championnat.
L’intention est facile à lire : une saison de F4 coûte plusieurs centaines de milliers d’euros, ce qui écarte d’emblée la plupart des jeunes qui en auraient le niveau. Aucune date n’a été posée, et Squeezie parle lui-même de plusieurs années de travail avant une première grille.